Dès l'entrée en guerre, face à la gravité des blessures, ils se sentent démunis et dépassés, mais ils vont rapidement se ressaisir. et prendre des mesures pour faire face à la situation.
Ils vont donc se remettre en cause rapidement pour adapter leurs attitudes et leurs méthodes thérapeutiques à la réalité du terrain.
Les mutilés de guerre ont ainsi constitué un véritable « matériel humain » objets d'expérimentation ou d'acharnement thérapeutique qui ont toutefois conduit à l'amélioration de la médecine de l' époque.
Au fur et à mesure des opérations, les chirurgiens acquièrent plus d'expérience, plus d'assurance, et modernisent leurs techniques et les perfectionnent.
Ils expérimentent aussi de nouvelles pratiques avec des réussites, mais aussi beaucoup d'échecs.
Dans le but de sauver des vies, les médecins sont en constante recherche, mais ces recherche, essais, tests, expériences induisent aussi fatalement des erreurs, des approximations et des ratés...
LES BLESSURES
Les projectiles se montrent particulièrement meurtriers et destructeurs.
Ils déchirent les corps et rompent les barrières anatomiques protectrices comme le péritoine qui entoure les viscères, la plèvre qui englobe les poumons, ...
Les médecins du front sont les premiers témoins de cette violence.
Au début du conflit, ils appliquent le principe dicté à l'entrée en guerre: l'abstention opératoire des blessés à l'abdomen.
Celle-ci est systématique : un soldat touché au ventre gravement ou non se voit systématiquement condamné.
Cependant certains praticiens s'insurgent contre cette inertie thérapeutique.
Il y a une incompréhension entre les médecins « de la première ligne », souvent jeunes, parachutés sans expérience sur les champs de bataille, et les médecins « de l'arrière » plus expérimentés, mais ignorant tout de la dure réalité du terrain.
Le Service de santé veut maintenir loin du front les médecins les plus experts pour les préserver du danger.
Malgré la mortalité élevée de ce genre de lésion (90%), les chirurgiens ne s'avouent pas vaincus. Mais c'est seulement dans la seconde moitié de l'année 1915 que les blessés au ventre sont pris en charge par l'ensemble des chirurgiens.
Au fil du conflit, ils constatent que la survie de leurs patients dépend de la rapidité des soins apportés.
Ils vont militer afin que les conditions d'évacuation soient meilleures et plus rapides.
DEONTOLOGIE et ETHIQUE MEDICALE
En ce début du 20ème siècle, l'éthique médicale est peu présente.
La déontologie n'est pas encore régie par un code, et le médecin est une personne respectée qui ne doit rendre des comptes à personne. La concertation médicale n'est pas non plus systématique. L'unique mot d'ordre étant de ne pas nuire à la vie humaine.
Y a-t-il eu des expérimentations en 14-18 ? Certainement, dans l'urgence, devant des cas désespérés, des médecins ont-ils tout tenté pour maintenir en vie des jeunes soldats ou pour leur assurer des conditions de vie plus supportables.
Les médecins du front ont ignoré les ordres de leurs supérieurs quant à l'abstention opératoire pour les blessures au ventre.
Malgré la forte mortalité de ce genre de blessures, ils se sont mobilisés et ont opéré dans l'urgence, sur place, et souvent dans des conditions précaires.
Les innombrables blessés leur ont permis de pratiquer de multiples opérations, des essais de traitements divers et variés ainsi que de nombreuses recherches dans différents domaines.
Certains hommes de sciences ont sans doute opéré, soigné dans l'unique but d'expérimenter, mais c'est aussi pendant cette guerre que le monde médical se rend compte qu'une médecine spécialisée est nécessaire devant la diversité des pathologies et des cas médicaux.